Montagne en Scène : Interview Xavier De Le Rue

Xavier De Le Rue était au festival Montagne en Scène, à Paris au Zénith, le 10 novembre dernier, pour nous présenter le film Mission Steeps de chez Timeline Mission, son dernier film de freeride. Nous en avons profité pour lui poser quelques questions sur sa carrière et l’essor du freeride.

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Vincent Tasteyre : Merci à toi de nous recevoir, merci pour ce que tu fais pour notre sport.
A ce jour tu es l’un des riders français les plus complets qui soient. Tu as commencé ta carrière par ce que l’on appelait à l’époque le boardercross ou le snowcross aujourd’hui, où la technique et la discipline prévalent et aujourd’hui tu te distingues dans des vidéos de freeride à couper le souffle. Où est le frisson maintenant pour toi ?
Xavier De Le Rue : Le frisson. Ce n’est pas que le frisson que je recherche ; comme tu dis, j’ai fait pas mal de choses dans ma carrière et ce qui m’intéresse quelque part, c’est de faire évoluer les choses déjà pour moi personnellement, faire des trucs nouveaux et si possible de trouver, soit des choses que personne n’a fait ou des lignes que personne n’a pris ou trouver de nouveaux spots, des nouvelles façons de filmer, de mettre des histoires en place… S’il n’y avait que le côté snow, je pense que cela serait assez limité. Le fait de pouvoir raconter des histoires ouvre d’autres perspectives pour voir le sport de façon différente et surtout j’ai la chance d’avoir des partenaires qui me suivent et de pouvoir faire des délires dont tu rêves lorsque tu es gamin.

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V.T : Les films t’aident-ils plus à trouver des sponsors que tes titres sur le Freeride World Tour ?
X.D.L.R : Je pense que les films ont vachement plus de valeur quelque part, parce qu’un titre c’est bien mais c’est bien à court terme et je pense qu’un titre permet d’être reconnu, de valider ton parcours alors qu’à travers les films c’est là que tu arrives à t’exprimer, à apporter quelque chose de nouveau.

V.T. : Même un triplé au FWT ?
X.D.L.R : Même un tripé au FWT, c’était très bien…

V.T. : …Ah oui, c’était très bien, même !!
X.D.L.R : Mais si tu ne fais que ça, ça reste de la compétition, et la compétition c’est top mais c’est limité.

V.T. : Tu penses que la compétition marque moins qu’un film ?
X.D.L.R : Ce n’est pas forcément qu’elle marque moins, pour moi, elle a moins de valeur.

MISSION STEEPS – trailer from TimeLine Missions on Vimeo.

V.T. : Les séquences dans lesquelles tu passes très près de la sanction ultime sont presque aussi fameuses que tes lignes en poudre, est-ce là, la sanction à payer pour la reconnaissance ?
X.D.L.R : C’est vrai qu’il m’est souvent arrivé de passer à 2 doigts de la punition ultime et à chaque fois, c’est un truc horrible, tu te dis «mais pourquoi je fais ça ?!! », en gros tu te remets pas mal en question et en même temps, tu apprends énormément parce que tu te dis « cette connerie, il ne faut plus jamais que je la fasse ! » ; ça te rappelle constamment que tu n’es qu’une m…e, que tu n’es vraiment pas grand-chose, que si tu te la pètes trop, tu peux vite finir au fond du trou. Régulièrement je me pose la question : Est-ce que c’est trop ? Est-ce acceptable ? Il y a des jours où je me dis que c’est totalement débile.
Mais ce sont les moments où je suis en montagne que je me sens le mieux et ceux où je n’y suis pas, où je ne suis pas dans mon élément que je perçois le risque avec beaucoup plus de recul. Du coup, lorsque j’y reviens, je me dis « Ah bah, non, finalement ça je peux le faire, en fait ». Sur le moment, j’arrive à sentir le truc et dès que je sens que c’est limite, je fais demi-tour : ça c’est grâce aux expériences négatives que j’ai eues qui me donnent une bonne raison de faire demi-tour.

V.T. : White-Noise (2012), il y a 2 ans a marqué les esprits, qu’en gardes-tu ?
X.D.L.R : White Noise, c’était un peu au début, lorsque je commençais à faire mes propres films. C’était la période avec ce film et celui d’avant (NDLR : « This Is My Winter » en 2011 avec Mathieu Crepel), où je poussais vraiment le bouchon, où j’étais focalisé sur enchaîner d’énormes doubles, des trucs comme ça, et depuis ce temps, je fais plus des trips documentaires, des expéditions, je pousse l’action différemment, ce qui me permet de moins me focaliser sur la prise de risque ultime.

WHITE NOISE teaser from TimeLine Missions on Vimeo.

V.T. : L’évolution du freeride pour toi, c’est quoi ?
X.D.L.R : Ce film en parle, il y a l’école du freeride pur, ou beaucoup de choses se passent en montagne et à côté de ça, il y a le milieu de l’alpinisme qui évolue dans les mêmes sphères. J’étais déçu que peu de gens n’arrivent à faire le rapprochement entre les deux : les alpinistes auraient besoin de regarder les freeriders sur leur façon de rider, d’appréhender la montagne, le matériel et inversement, les freeriders, il n’y en a pas beaucoup qui ont envie de prendre des piolets, d’aller en montagne et il n’y a pas besoin d’avoir un niveau de montagne qui soit hyper élevé pour ouvrir énormément de possibilités.

V.T. : Jeremy Jones t’a cité comme un des 3 riders qui l’inspirent encore aujourd’hui « pour ton style, ton aisance et ta technicité » : tu prends ça comment ?
X.D.L.R : Je prends ça comme un grand compliment, on a fait pas mal de trucs ensemble ; c’est un gars que j’apprécie énormément, qui a fait énormément évoluer le sport et je pourrais dire beaucoup de choses très positives sur lui.

V.T. : Je vais donc te retourner la question, peux-tu me citer 3 riders, un qui t’a inspiré par le passé, un qui t’inspire encore aujourd’hui et un qui pourrait t’inspirer demain ?
X.D.L.R : Il y a eu Terje (Haakonsen) qui m’a beaucoup influencé, dans sa manière de voir le snowboard ; je pourrais dire Marco Siffredi…et sans respecter, le passé/présent/futur, je pense que je vais dire Jeremy Jones : Terje, Jeremy Jones et Marco Siffredi, tu fais un mix des 3 et je pense que ça donne quelque chose de vraiment bien.

V.T. : Pour la relève, tu vois quelqu’un ?
X.D.L.R : Pour la relève ?? Hmmm, pas vraiment….non. Il y a Douds Charlet dont j’aime beaucoup le style, il est hyper fort en montagne, il est hyper complet, mais après je ne pense pas qu’il ait envie de faire le côté professionnel d’une carrière d’image, parce que malgré tout quand tu fais ça, tu passes beaucoup plus de temps le cul dans l’avion, à faire des premières de film, de la promo que d’être vraiment en montagne et c’est un compromis qu’il faut accepter. Il a vraiment des qualités hallucinantes, il pourrait aller super loin mais pas forcément l’envie d’assurer le côté promo pour le moment, mais je pense que ça va venir. Il y a un retour du backcountry et toute une génération qui arrive qui va être prête pour la relève.

V.T. : Ma dernière question sera : as-tu déjà eu peur au point de renoncer et ta plus grosse frayeur ?
X.D.L.R : Peur au point de renoncer, ça arrive hyper souvent, en fait : ça arrive une fois sur deux presque. Une ligne sur deux, j’y vais, hop, c’est pas bon, je me casse, je reviendrai un autre jour, ou j’y reviens pas du tout. Et ma plus grosse frayeur ça a été une avalanche en 2008 dans laquelle j’ai fait plus de 2 km dans la coulée et je me suis retrouvé au dessus de 8 m de neige, y avait toute la montagne au dessus de ma tête, en gros ça a été un méga miracle que je survive. Comme ça, la réponse est facile.

Merci à Xavier De Le Rue, ses sponsors : Rossignol, The North Face, Deeluxe, Smith, Gopro, Arva et Swatch. Merci à Lucie Misut de chez WellCom.

Crédits photos : Luka Leroy

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